Doyen des Français de Berlin, Georges Beuchard vient de nous quitter

Né en Algérie en août 1922, Georges est et restera un personnage au destin tout particulier. Il est fils d’enseignants engagés, brillant élève au lycée d’Oran, et se lie d’amitié avec Albert Camus en 1938. Le 14 août 1944, il participe au débarquement en Provence et obtient la médaille de reconnaissance de la Nation. Journaliste à ‘Oran républicain’ puis ‘Alger républicain’, il est aussi employé à Csablanca puis exploite la ferme familiale à Souk-El-Had (Maroc). Père de trois enfants, Georges devient instituteur à Mogador puis dans le Sud-Ouest algérien, à Tindouf et Colomb-Bechar (Sahara), une expérience qui le marquera et pendant laquelle il confiera personnellement à Charles de Gaulle ses sentiments, très précis, sur le mouvement à venir de l’indépendance de l’Algérie. De retour vers la côte méditerranéenne, à Oran, et la côte atlantique, à Rabat et Essaouira, il fonde plusieurs écoles. 

Il doit quitter l’Algérie au début des années 60 et travaille comme enseignant vacataire dans différentes villes en France. Georges s’installe en Allemagne en janvier 1970, son pays d’adoption, où il se marie en secondes noces avec Christa Albers et avec laquelle il partagera 49 ans de vie commune. Il est notamment à l’origine de la création du Lycée français de Munich, ville où il a vécu une trentaine d’années, engagé dans la vie associative française et franco-bavaroise, avant de s’installer à Berlin. Il est officier des Palmes académiques et chevalier de l’ordre national du Mérite. Georges consacre également une partie de sa vie à l’écriture et à l’amitié franco-allemande, amitié pour laquelle il développe une activité majeure, notamment au séminaire annuel de Fischbachau. Il n’aura alors de cesse de convaincre l’Allemagne de s’intéresser à la Méditerranée… Ayant rejoint, à 15 ans, la SFIO en 1937, il totalise, comme aucun autre, près de 85 ans d’adhésion au parti socialiste, dans ses bonnes et ses mauvaises années… Georges est fidèle ! Installé à Berlin sur le tard, il se fait de nouveaux amis, développe ses contacts, donne encore quelques conférences, et d’une verve alerte et insistante, il continue à recevoir quelques intimes en sa bibliothèque pour de longues causeries… De très riches heures !

Ses amis sont donc aujourd’hui tristes de son passage sur une autre rive, mais ils peuvent s’estimer heureux de l’avoir connu et aimé, de lui avoir dit, quand il était temps, leur admiration pour sa vie et ses engagements pour la langue française, la littérature, l’écriture et l’école. Merci, Georges !

Philippe Loiseau